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Carnet d’Indochine du Lieutenant Robert G.

mercredi 7 janvier 2009

11 Octobre 1945 – Vu le commandant Reul affecté à l’E.M. Du Général Leclerc et qui revient de Chine – Il défend l’attitude qu’il a eu pendant la campagne et il m’explique longuement que « le courage du chef de section n’est pas celui du chef de Bataillon ! » -

12 – 15 Octobre 1945 - Passage de quelques officiers venant de Chine et du Tonkin et évacués sur la France – le 14, le Général Alessandri et son chef d’E.M., le colonel Chavatte qui viennent de passer 15 jours à Hanoï : ce sont les chinois et les Annamites qui y font la loi - La situation est pénible pour les français confinés dans la citadelle : vexations sans nombre, fouilles inopinées, mais ravitaillement assez correct - Le 15, avec quelques blessés du Tonkin, je vois le Capitaine du Génie Vanddenakker, que j’ai connu à Cao Bang ; il a été blessé de 14 coups de baïonnettes à Ha Giang – Il m’apprend qu’au Tonkin, tous les officiers du génie fait prisonniers ont été abattus, probablement parce qu’ils avaient construit des fortifications – Il est profondément écœuré de l’attitude des annamites vis à vis des Français depuis le 15 Août – J’obtiens par lui quelques renseignements sur les camarades du Tonkin : Lt Julien de Thakkhê, prisonnier à Hanoï - Lt Mongin de Bin Hi, probablement tué par ses tirailleurs qui refusaient de se battre – Capitaine Méric de Na Cham tué par les Japs – Le Guen à Hanoï – S/Lt Chomette, seul rescapé du Fort Brière de l’Isle (que j’ai commandé pendant l’hiver 1941–42) –

16 Octobre 1945 - Grande fête de la fin de mousson, à Chandernagor, en l’honneur de la déesse Durga, qui a la particularité d’avoir 10 bras – Foule très dense : des pèlerins arrivent de plusieurs dizaines de Km à la ronde : grande animation ; vêtements bigarrés et lumineux, où le blanc prédomine – Jolis bijoux – D’innombrables colporteurs qui offrent en particulier, à leurs clients les gâteaux à la graisse caractéristiques de l’Extrême-Orient – fête proprement dite dure de 17 h 00 à minuit : la ville est sillonnée de cortèges, précédés de danseurs, avec accompagnement de gongs et de cloches, qui escortent des autels portatifs dédiés à la déesse Durga - Certains de ces autels sont portés à dos d’hommes, quelques uns sur des camions, et toutes les heures, l’un d’entre eux est précipité dans l’Hooghly, en grande pompe – Sampans brillamment éclairés – Remarquable effets de lumière sur l’eau – Les chants et les danses durent jusqu’à minuit –

18 – 20 Octobre 1945 - Nombreuses arrivées d’avions venant de Kunming : tous les officiers en excédents de cadre en chine doivent rejoindre les Indes pour être affectés au corps expéditionnaire : parmi eux, mes camarades Peuhles - Saulnier – Dumas - Évacuation du Capitaine médecin Lauret et de l’Inspecteur de G.I. De Cao Bang, Estrade, blessés tous 2, à Yen Chang il y a un mois, au cours d’une révolte de tirailleurs ; l’état d’esprit de ceux ci, fort travaillés par les Viet Minh ouvertement soutenus par les chinois, a profondément évolué depuis plusieurs mois – Cette révolte, dirigée évidemment par les semi-intellectuels (radios en particulier) a été découverte par des renseignements fournis par d’anciens s/off. Indochinois, qui ne voulaient pas s’attaquer à leurs propres chefs ; partout les mesures de précaution ont pu être prise, sauf à Yen Chang, non alerté, où se trouvait mon ex-Bataillon - Parmi les agresseurs, le capitaine Lauret affirme avoir reconnu mon ex colombophile de Dong Khé, qui, après ma blessure, m’avait soigné avec un dévouement remarquable ! -

21 Octobre 1945 – Un violent typhon s’est abattu sur les côtes du golfe du Bengale depuis quelques jours – pluies torrentielles – Calcutta est inondé ; l’écoulement d’eau, dans toute cette région deltaïque se fait d’autant plus mal que la couche normale d’eau affleure presque à la surface du sol – Par ailleurs, suivant l’habitude hindoue, et pour faciliter la circulation de l’air, les maisons comportent souvent des cours intérieures à ciel ouvert – L’eau qui y tombe doit s’écouler par les pièces environnantes – C’est assez curieux de voir sortir de certains magasins chics de Chowringhee des trombes d’eau déferlant sur les trottoirs – 20 cm d’eau devant l’entrée du Grand Hôtel – de 60 à 80 cm à la sortie de la ville vers Chandernagor - C’est dans ces cas critiques que l’on maudit particulièrement le système des castes et la rigidité de ses principes : un chauffeur de taxi refuse de vous aider pour descendre vos bagages de son véhicule : il n’appartient pas à la caste des « bearers » et ne veut pas déchoir – Ce matin, au mess, notre popotier gémissait parce que le cuisinier venait de refuser d’aller acheter au marché du jambon et des saucisses de porc, sous prétexte qu’il était musulman -



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