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Carnet d’Indochine du Lieutenant Robert G.

mercredi 7 janvier 2009

15 Mars 1945 - Le Bataillon est au complet sauf Bao Lac, Loc Pan, Soc Giang, Tra Linh, et Nguyen Binh – Bon Moral – Le Commandant Reul a pris contact avec les membres de la mission militaire française de Tsin Tsaï (Cdt Revol) – Les chinois nous auraient demandé de tenir ici 4 jours pour pouvoir envoyer en renfort une division – Nous attendons des parachutages d’armes, notamment des mitraillettes – Installation défensive toute la journée -

16 et 17 mars 1945 - Reconnaissance et patrouilles sur Trung Khanh Phu (non encore occupé par les Japs) et le col du tigre (entre Q.U et T.K.P) – Accrochages avec les avants postes japonais -

18 Mars 1945 – Arrivée des sections de Tra Linh et de Soc Giang – Pas de nouvelle de Bao Lac dont la radio ne répond pas – Nguyen Binh aurait été pris par les Japonais partis de Cao Bang, dans la nuit du 9 au 10, pendant que le chef de Poste, Lt Bernier revenait d’une réunion de certains délégués – La citadelle de Cao Bang a capitulé sans combat le 15, les Japonais ayant présenté un ultimatum en plusieurs points dans lesquels ils exposaient en particulier :
- qu’ils connaissaient parfaitement les plans de la citadelle (ce qui est exact).
- qu’ils venaient de s’emparer des forts de Langson, beaucoup mieux défendus
- que pour tout Européen pris les armes à la main à Cao Bang, ils tueraient 10 prisonniers français de Langson -

Mouvement de stupeur chez nous qui nous expliquions mal la conduite du Commandant Fargues – La citadelle de Cao Bang avait demandé de très gros travaux – Effet désastreux sur la troupe – Une vingtaine de français, évadés de Cao Bang, nous rejoignent.

19 – 22 Mars 1945 - Comme par hasard, les négociations avec les autorités chinoises se font de plus en plus difficile – La fameuse division chinoise, tant attendue, fond de jour en jour – Prématurément réduite à un régiment, il n’y a bientôt plus aucun espoir qu’elle arrive –

Le Commandant Reul en a l’air écœuré : il n’a connu les chinois que, par des intermédiaires, quand il était Commandant de Territoire, et qu’il leur était utile en leur donnant des renseignements sur les Japonais ; mais maintenant la situation a changé, le demandeur n’est plus le même et le chinois le fait sentir. Il n’y a plus aucune raison de rester ici, groupé : le ravitaillement devient difficile et les japonais ont certainement des renseignements sur notre position – Ils approchent de T.K.P., mais doivent, je pense, se réorganiser car nos patrouilles ne signalent pas chez eux leurs mordants habituels –

Le Cdt Reul décide de gagner le massif calcaire de Luc Ku, difficilement pénétrable, entre Tra Linh et Soc Giang pour y établir le P.C. de guérilla – Départ à minuit, étape très pénible – Traversée de Trung Khan Phu complètement mort – Le poste est complètement pillé -

23 Mars 1945 - Marche toute la journée dans des pistes détrempées fort médiocres – Passage à Tra Linh à 22 heures – Nuit très noire – Nous ne nous arrêtons qu’à 3 heures du matin le 24 -

24 Mars 1945 - Repartis à 6 heures, nous arrivons à 9 h au blockhaus de partisans de Tonglot – 1 jour de repos que nous avons bien gagné – Impossible de trouver du riz dans cette région calcaire, les habitants cultivant uniquement le pavot – Nous nous mettons à la bouillie de maïs -

Libération des réservistes frontaliers qui nous ont, en général, bien suivis, mais à qui nous n’avons pas d’armes à donner ; nous manquons également de cadres européens – En moyenne : 1 officier, 2 s/officiers pour 60 tirailleurs – Nous renvoyons également chez eux les partisans en leur confiant des missions de renseignements.



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