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Carnet d’Indochine du Lieutenant Robert G.

mercredi 7 janvier 2009

12 Mars 1945 - Au jour, le Capitaine Baudenon et son DM rentrent à Quang Uyen, le Cdt Reul craignant sur ce poste une attaque venant du Deo Ma Phuc – Évacuation de quelques munitions qui ont pu être retirées de Ta Lung. De Pins, avec mes mitrailleurs et son DM va s’installer sur les pentes S du Sam Xuyen d’où l’on a d’excellentes vues sur la vallée de Phuc Hoa – La matinée est relativement tranquille ; je reçois encore un courrier de mon trichau de Dong khé où la situation est calme – Les japs arrêtés à Langson et à Dong Dang n’ont pas encore utilisé la RC4 -

D’après les renseignements obtenus par le trichau de Phuc Hoa, Pham Van Hao, le Bataillon jap qui nous attaque serait renforcé par environ 500 pirates chinois qui auraient déjà pillé un certain nombre de villages du chau de Ha Lang et occupé Pa Linh (chau de Phuc Hoa) et coch Linh - Baroud à partir de 10 heures – Manque de mordant de l’adversaire, presque uniquement chinois, qui bien que très nettement supérieur en nombre (je n’ai avec moi que 40 tirailleurs et 2 européens, les sergents Baudie et Dison.) ne tient visiblement pas à se faire tuer pour les japonais – Ceux ci poussent alors une attaque sérieuse en fin de journée et me débordent par la rive droite du fleuve – Leurs canons et leurs mortiers impressionnent désagréablement mes tirailleurs et je profite de la tombée de la nuit pour décrocher sur De Pins –

13 Mars 1945 - A 3 heures du matin, suivant un signal convenu entre nous, De Pins ouvre le feu avec ses mitrailleuses sur les japs de Phuc Hoa – Bien que prévenus, mes tirailleurs surpris sont sérieusement affolés – Remise en ordre laborieuse, malgré une faible riposte adverse - Installation en embuscade au sommet du Sam Xuyen – Région très boisée et vallonnée – Une fois de plus, les japs se font précéder par des chinois qui habillés comme des Hôs, réussissent assez facilement à s’infiltrer – Fusillade nourrie toute la journée – L’ennemi ne progresse pas sensiblement – Ces opérations de ces trois jours auraient coûté aux Japs entre 100 et 200 tués – Une forte colonne aurait bifurqué de Phuc Hoa sur Dong Khé -

14 Mars 1945 - Nuit calme – vers 4 h du matin, juste au moment où je m’apprêtais à repartir en reconnaissance offensive avec mon D.M., un ordre du Capitaine Baudenon nous donne l’ordre de nous replier sur Quang Uyen d’urgence pour éviter d’être coupé par une colonne japonaise qui, venant de Cao Bang, aurait atteint le Deo Ma Phuc dans la nuit (renseignement faux, bien que donné par des Français, comme nous le saurons par la suite) – Installation avec ma section vers 10 heures à 4 Km de Quang Uyen – Nous entendons le canon de la citadelle de Cao Bang ( nous saurons plus tard que les pièces tiraient uniquement à titre d’essai ) - Le Cdt Reul décide néanmoins de regrouper les éléments de Ta Lung, Dong Khé, Quang Uyen sur Tong Hue ( à mi chemin de Quang Uyen et de Trang Khanh Phu) – Marche pénible toute l’après midi (55 Km dans la journée) – Arrivée à Tong Hué à 19 h 00, où nous trouvons le détachement de Ha Lang – Dîner au marché fort sympathique – Des pirates chinois de la bande de Luc Pa Phy se sont mis de notre côté et se pavanent avec des mitraillettes, en se faisant héberger par les habitants qui ont évidemment assez peu confiance en eux.

10H du soir : le Capitaine Faucon de l’E.M. du Bataillon arrive avec des camions pour nous embarquer sur Po Peo, à la frontière, au Nord, où se trouve le Cdt Reul – Des dizaines de caisses de munitions venues il y a 2 ou 3 jours de Dong Khé, Quang Uyen et Ha Lang sont ici en vrac : Nous refusons de les abandonner puisqu’il n’y a pas menace japonaise imminente (d’autant que le Commandant nous a interdit de dissimuler nos munitions dans nos secteurs respectifs, dans des grottes calcaires comme nous en avions l’intention) – Échanges de paroles aigres douces avec le Capitaine Faucon assez affolé – Arrivée à 10 Km Sud de Po Peo à 3 heures du matin – Grande fatigue – Nous dormons d’un sommeil de plomb dans des rizières inondées -



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