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Carnet d’Indochine du Lieutenant Robert G.

mercredi 7 janvier 2009

4 Mars 1946 - Une entente vient d’être signée avec les chinois relative à la relève en Indochine Nord – Nos « Alliés » quitteraient la zone N du 16e parallèle avant le 31 Mars aux conditions suivantes :
- une zone franche dans le port de Haiphong
- une participation élargie à l’exploitation du chemin de fer du Yunnan
- une participation aux charbonnages du Tonkin (Campha-Hongay)
- une amélioration du statut de résidents chinois en Indochine
- Le 2e commando léger participe actuellement à des opérations entre Paksé et Savannakhet, des pirates siamois et Viet Minh ayant récemment attaqué des convois sur la route qui relient ces 2 villes, avant de repasser le Mékong pour rejoindre le Siam – Le 3e commando occupe Phalane sur la route Savannakhet (où les chinois tolèrent de nombreux Vietminh et Viet-Laos), le CL2 foncerait sur la côte d’Annam –

5 Mars 1946 - Départ de Paksé, avec le 1er commando, pour Khong Sédone à 65 Km de là, où nous arrivons à 19h – Je quitte Khong Sédone à 22h00 avec le 5e commando qui pousse vers le Nord, dans l’espoir d’y retrouver le 4e commando qui opèrerait actuellement à Ban Houeï, à 12 Km O de Savannakhet –

6 Mars 1946 - Débarquement en pleine forêt au petit jour, pour rejoindre le commandant avec les 2e et 4e commandos en chasse contre une bande de Viet Minh venus de Savannakhet par le Siam et qui ont cherché à attaquer récemment nos convois sur la RC13 – Cette bande, dirigée par des japonais et des Siamois a déjà essuyé quelques pertes il y a 3 jours – Je rejoins le groupement à That Det , (où se trouve le Lt Siméon, un ancien de Langson, en brousse dans le secteur depuis le 9 Mars dernier et qui encadre des laotiens) –

7 Mars 1946 - « Attaque » de Bantatline, sur le Mékong où sont signalés les pirates : 2e, 4e, 5e commandos – Armes lourdes – Dans la nuit, spectacle digne des hordes d’Attila : charrettes, grincements d’essieu, torches, vociférations… Arrivée au village à midi après des aventures inénarrables, quand les pirates sont déjà passés au Siam – Une bonne partie serait réfugiée dans une île que nous voyons à 500 m : le manque d’embarcation nous empêche d’aller vérifier ce renseignement – Ravitaillement difficile dans un village incendié – Dans l’après midi, le 4e commando quitte le gros du groupement pour rejoindre Ban Houeï, en suivant le Mékong – Coucher à Ban Dane sur les bords du fleuve

8 Mars 1946 - Etape Ban Dane – Pakthat : très forte chaleur – Pas d’eau – Marche agréable dans le sable – Dans tous les villages que nous traversons, la population alignée sur un rang, à genoux, nous offre Pho ban en tête, les offrandes rituelles : fleurs, riz, bananes, encens… Les réceptions sont des plus cordiales – A Pakthat, cantonnement dans la pagode fort joliment située sur la berge dominant le fleuve – Bains …

9 Mars 1946 - Etape Pakthat – Ban Sok Nasseng, à 4 Km Ouest de Savannakhet – Le 4e commando y retrouve 1 compagnie de chasseurs laotiens – Tout le CL2 (moins le 3e commando détaché à M’Phalane, sur la route de Dong Tha) doit prendre position dans le secteur, ainsi que quelques pelotons d’A.M du 5e cuirassiers – L’investissement de Savannakhet [ ] un rayon de quelques Km autour de la ville, par le Bataillon de chasseurs laotiens (Qunqueviel – Siméon) dure depuis plusieurs mois ; mais les « assiégés » communiquent sans difficulté avec l’extérieur par l’intermédiaire des Siamois et traversent le Mékong sans jamais être inquiétés -

11 Mars 1946 - Entrevue avec le Cdt chinois cdt les troupes de Savannakhet (800 hommes environ) et le colonel De Crèvecoeur, cdt les forces du Laos, à Nasseng au sujet de la relève des troupes chinoises par nos forces – Les récents incidents franco chinois de Haiphong lors du débarquement de la 9e DIC ont eu leurs répercussions ici : fermeture aux voitures militaires chinoises de la route Savannakhet – Dong Ha – Le chinois s’étonne de cette mesure en expliquant qu’il est parfaitement étranger aux incidents du Tonkin et affirme que dans ces conditions il ne peut prendre, pour les problèmes qui nous intéressent aucune décision puisque son supérieur hiérarchique est à Hué et que nous l’empêchons de correspondre avec lui – Les officiers supérieur français (en plus du colonel, les commandants Deleplanque et Manoutier) se montrent assez peu diplomates en essayant d’intimider les \ Vaucheret / chinois et en proclamant notre volonté d’entrer demain dans Savannakhet (alors que les ordres recommandent l’énergie mais sans rien casser) – Finalement, l’accord se fait sur une formule « boiteuse » qui ne laisse envisager rien de bon : nous occuperons demain un certain nombre de points plus rapprochés que ceux que nous occupons actuellement, de Savannakhet (1 à 2 Km environ) mais sans entrer dans la ville – Les ordres de mouvement arrivent à 1 heure du matin –

Extraits des carnets



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