Accueil du site > Archives > Ecrits > Carnets > Carnet d’Indochine du Lieutenant Robert G.

Carnet d’Indochine du Lieutenant Robert G.

mercredi 7 janvier 2009

1er Janvier - Violente attaque V.M, toute la nuit, sur le poste de l’Aspirant Gore (3e Cdo), à 4 Km d’ici – Vive riposte au mortier et FM - Je participe, avec mon D.M, dans la fin de la nuit et durant la matinée, à une opération de police sur la route Ba Queo – Thuân Kieu – Coopération d’automitrailleuses – Captures de quelques V.M intéressants - Déjeuner au poste du Capitaine avec le Lt Bretin, récemment affecté au commando – Retour à Cho Moi dans l’après midi -

2 Janvier - Embuscade de nuit ; patrouilles de jour sans grands résultats ; pourtant les Viet Minh viennent de couper des arbres sur les routes et de couper les lignes télégraphiques à moins d’1 Km du poste – Je découvre dans la maison de l’ex chef de canton Pham Van Tu, actuellement disparue, de nombreux documents du V.M, soigneusement dissimulés – Je m’explique tout à fait sa réticence à venir se mettre à ma disposition -

4 Janvier 1946 - Au cours d’une patrouille à 3 Km N du poste (gare de Quang Tre – Région réputée comme infestée de rebelles), je découvre quelques papiers fort intéressant et un drapeau du V.M, 1er trophée de la campagne – Très peu d’hommes ; les rebelles préfèrent se replier, en offrant une faible résistance – Mon effectif réduit, une dizaine d’hommes, ne permet pas une poursuite... souvent décevante, car nos adversaires, dissimulant leurs armes, se noient avec une facilité désarmante, dans la masse des paisibles cultivateurs annamites qui habitent cette région - Les renseignements, donnés par l’E.M, indiquent un repli général des positions rebelles vers le Nord : Thudaumôt – Bang (où ils auraient de l’artillerie) – Phat Lien – Thu Duc Bruit de prochain départ en opérations plus actives -

5 Janvier 1946 - Mes hommes sont furieux : Thorez, parait-il, aurait demandé à l’Assemblée constituante la suppression automatique de la nationalité française pour tous les militaires du corps expéditionnaire d’Extrême Orient – Le fait que des nationalistes annamites, qui nous doivent tous, puissent faire en France, en toute liberté, de la propagande V.M, et des quêtes au profit des rebelles prouvent suffisamment le désarroi de l’opinion publique au sujet des questions indochinoises – Le manque d’information est flagrant : on confond, dans la presse française, indochinois et annamites et bien des français de bonne foi se demandent sincèrement si notre action actuelle est justifiée du point de vue moral – A mon sens aucun doute à ce sujet n’est permis :

1°/ - L’Indochine est une fédération de peuples très différents les uns des autres ; notre départ réveillerait les rivalités latentes entre Annamites – Cambodgiens – Laotiens – montagnards tonkinois – moïs... 2°/ - Le gouvernement Viet Minh a été mis en place par les Japonais ; le 1er acte de ce gouvernement a été de déclarer « le français ennemi n° 1 » 3°/ - Les populations annamites ne sont pas suffisamment évoluées pour pouvoir adopter un gouvernement démocratique actuellement, sans risquer d’être exploitées par les éléments les plus avancées intellectuellement (l’exemple des mandarins à ce sujet est frappant) - Le départ de la France entraînerait l’intervention de puissances étrangères : Chine, au moins au N – États Unis... Or nous n’avons pas à rougir de notre œuvre coloniale en Extrême Orient quand on a vu l’état d’anarchie qui règne en Chine, pays libre - 4°/ - Malgré les apparences actuelles et les erreurs de notre propagande qui clame à loisir que « l’ère de l’exploitation » est terminée (comme si les français envoyés de France en 1935 par ex avaient des âmes d’exploiteurs et de garde chiourme !), le français n’est pas haï de la masse indochinoise – Un fait typique : il était possible en mars 1945, avant l’agression japonaise, à n’importe quel européen de se promener seul, désarmé dans presque toute l’Indochine sans risquer quoi que ce soit ; or à l’époque, la propagande japonaise, exaltant l’indépendance birmane ou philippine ne nous était pas particulièrement favorable ! 5°/ - Les intérêts français sont considérables : plantations d’hévéas, instituts Pasteur, hôpitaux, mines, vois ferrées... Nous n’avons pas le droit d’abandonner l’héritage de nos prédécesseurs, dont tant déjà sont morts sur cette terre indochinoise -



Réagissez