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Carnet d’Indochine du Lieutenant Robert G.

mercredi 7 janvier 2009

8 Juin 1945 - L’hôpital a été crée, il y a déjà plusieurs mois, pour les besoins de la campagne de Birmanie ; l’extrême avance des troupes japonaises ayant atteint Ledo, à 100 Km d’ici – Les bâtiments, très clairs, à cloisons de fibro-ciment et couverts de tôles ondulées, sont à simple rez-de-chaussée. Comme à Kunming, nous sommes loin de la ville : Dibrugarh est à 4 Km d’ici – Alentour s ’étendent de vastes plantations de thé d’où émergent par endroits les toits de chaume des cases des coolies – En fond de tableau, à 40 Km d’ici, les contreforts de l’Himalaya – Dans le pavillon des officiers, je suis seul français avec Tardy : nous avons pour compagnons 2 officiers anglais et 1 Gurkha (j’apprendrai par la suite que les Gurkha sont les seuls, parmi les populations de l’Inde, à avoir les mêmes avantages que les Anglais – Ils ne se considèrent pas comme Hindous et constituent les meilleures troupes des divisions anglo-indiennes employées contre les Japonais – Le roi du Népal a mis, à la disposition du Vice roi pour la durée de la guerre 88 régiments Gurkhas) – Nous sommes mis immédiatement au régime du thé au lait qui nous est distribué 7 fois par jour : au réveil, au breakfast, à 10h00, au déjeuner, à 17 heures, au dîner, à 22h00 – Ce qui nous semble curieux (et est très éloigné de nos conceptions, en Indochine), c’est que l’hôpital est dirigé par un officier hindou – Parmi tout le personnel masculin : seulement 2 médecins anglais – Par contre, le personnel féminin, dirigé par une « matrone » terriblement autoritaire, est à grosse majorité anglaise -

9 Juin – 17 Juin 1945 - L’effectif français de l’hôpital s’élève à une cinquantaine d’hommes, en majeure partie légionnaires – Nos contacts avec l’extérieur sont rares ; nous subissons des interrogatoires variés sur la situation en Indochine par un Officier du S.R. Anglais, Le Capitaine Henry, assisté du Commandant Baune qui appartient au 2e bureau du Général Blaizot, le futur chef du corps expéditionnaire actuellement à Kandy – Je connais déjà le Cdt Baune pour l’avoir vu à Kunming : lui aussi nous apporte surtout des encouragements : les questions importantes : la solde (l’intendance nous a donné au départ de Kunming des liasses de dollars chinois que personne ne veut changer) ; le courrier, les journaux de France, notre sort futur...restent sans solutions pratiques – Nous n’avons même pas de quoi nous acheter une brosse à dents ! - Aussi les légionnaires mendient-ils de façon assez misérable auprès des infirmiers – Mes blessures commencent à se fermer ; le chirurgien se contente de refaire les pansements périodiquement – Je peux déambuler à l’intérieur de l’hôpital –

18 Juin 1945 - Plusieurs avions venus de Chine renforcent sérieusement notre effectif : environ 200 légionnaires, blessés ou malades ; une douzaine d’officiers dont les Capitaine De La Garde, Poulet-Osier, les Lts Vigouroux, De Bailleul, les S/Lts Guerpillon, Pascal, Ferdinand, Py, Bourgeois, accompagnés d’un docteur, le Capitaine Goerger que j’ai déjà connu à Langson en 1942 au 5/3 R.T.T. Une bonne partie des nouveaux arrivés sont envoyés immédiatement sur un Rest camp, à quelque Km d’ici ; l’endroit est, on ne plus mal choisi pour des gens souffrant d’anémie : climat chaud et très humide (l’Assam avec 11m d’eau par an, est la région la plus humide du globe) ; altitude faible : 150 m d’altitude – (Les protestations qu’enverra périodiquement le Cap. Goerger tant à Calcutta qu’à Kunming n’émouvront pas le commandement qui pendant 3 mois considèrera Dibrugarh comme une station d’altitude !) -



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