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Carnet d’Indochine du Lieutenant Robert G.

mercredi 7 janvier 2009

16 -17- 18 Avril 1945 - De 30 à 40 Km par jour en brancard, de l’aube à la nuit – Outre le Cap. Chef Sinibaldi, de 8 coolies chinois (qui se relaient 4 par 4), mon escorte comprend 2 soldats chinois que le chef de poste de Nalan nous a donné à titre de « sécurité » - Paysage chinois classique : rochers calcaires abrupts broussailleux ; quelques fonds de vallée cultivés en rizières – très peu d’arbres – villages d’une dizaine de maisons relativement espacés (10Km) – Forte chaleur bien que je sois protégé par une toile de tente – Piste souvent difficile, raide et coupée en de multiples endroit pour des raisons militaires – En bien des endroits mon brancard est à la verticale et je suis obligé de me cramponner solidement aux montants -

Indifférence, sinon hostilité, des chinois à notre égard : le 17 au soir, arrivant dans un village à la nuit, je reste pendant plus d’une heure, sur mon brancard au milieu de la place, à parlementer qu’un habitant consente à nous prêter un coin de sa maison pour passer la nuit - Arrivée à midi, le 18 Avril, à Tsin Tsi, ville chinoise importante où se trouve la mission militaire française du Cdt Revol – J’y retrouve mon camarade de promo Léouzon – Je vois également le Colonel Seguin et le Capitaine Lera du 9e R.I.C., blessé à la main – Accueil sympathique – Il n’est pas question de me soigner ici : l’hôpital chinois, d’après ce que j’en ai vu , est une maison aux multiples pièces qui ne comprend pour toute installation, que 2 lits sans matelas – mon pansement est refait par un médecin américain qui ne cachera pas, après mon départ, à mes camarades qu’il juge mon état désespéré – Le terrain d’aviation n’est aménagé que depuis la veille ; un avion sanitaire américain doit venir me chercher le lendemain – Mais le pilote d’un petit avion de liaison L5 venu ravitailler le poste radio américain de Tsin Tsi, en apprenant qu’un officier français blessé vient d’arriver, vient me voir et tient absolument à m’emmener ce soir même à l’hôpital américain de Poseh où je serai mieux couché -

Avant de m’amener, il fait l’aller et retour Tsin Tsi – Poseh (1h30 de vol) à seule fin d’aller y chercher 2 couvertures pour que je sois mieux installé – Toute la population de TsinTsi assiste à mon embarquement , le voyage est agréable, par très beau temps – Poseh, où la chaleur est accablante car la ville est bâtie dans un fond, est une grosse base de chasse américaine – Après un transport fatiguant en sanitaire à travers la ville qui semble très animée, j’arrive à l’hôpital de Poseh à 16h00 – Le major américain me fait immédiatement une transfusion de plasma -

19 Avril 1945 - Je quitte Poseh en avion sanitaire à 14h00 – Avant le départ, je vois le sous-lieutenant Tiersac qui s’occupe des parachutages au profit des troupes du Tonkin – Je lui explique que le groupement du Cdt Reul en a besoin d’urgence ; il réplique qu’il a fait personnellement plusieurs missions pour nous chercher sans y parvenir – J’en suis étonné car bien que la région de Soc Giang soit très mouvementée, nous avons toujours fournis des points de repère très nets – Il m’apprend également que seuls les anglais acceptent d’effectuer des parachutages ; les américains s’y refusent obstinément - 2h30 de vol entre Poseh et Kunming : couché sur le dos, je ne vois absolument rien – Arrivée à l’hôpital américain à 17h30 – Réception très cordiale des américains qui ont ici, jusqu’à présent, reçu très peu de blessés graves – Un lit, des draps ! - Un repas copieux qui change agréablement du riz et du maïs auxquels je suis condamné depuis plus d’un mois -



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